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École et troubles psychiques : le regard d’une AESH et maman concernée

Comment aider un enfant à trouver sa place à l’école malgré ses difficultés ? Comment lui donner confiance en lui et favoriser son intégration sans qu’il se sente stigmatisé ? Derrière ces enjeux cruciaux, les AESH – Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap – ont pour mission d’aider les enfants à gagner en autonomie à l’école. Présents au quotidien, à l’écoute, ils jouent un rôle essentiel, bien qu’encore trop méconnu. Pour mieux comprendre leur quotidien et les défis qu’ils relèvent, Plein Espoir a rencontré Zakya, AESH et maman concernée, qui accompagne depuis plusieurs années des enfants concernés par les troubles psychiques. Forte de son expérience professionnelle et personnelle, elle nous partage son regard sur l’inclusion scolaire, l’importance de la bienveillance et les leviers qui permettraient d’améliorer l’accès à l’éducation au bénéfice de tous.

Plein Espoir : D’après votre expérience, quels sont les principaux défis auxquels font face les familles dont un enfant vit avec un trouble psychique dans son éducation ? Comment se construit votre lien avec les parents ?

Zakya : En tant qu’AESH, nous accompagnons des enfants aux parcours très différents : certains ont un handicap moteur qui limite leur autonomie, d’autres sont sur le spectre autistique ou vivent avec des troubles de l’attention. Lorsqu’on commence à suivre un élève, on sait qu’il va avoir des besoins spécifiques, mais les échanges avec les parents sont limités. Souvent, ils ne parlent pas de toutes les difficultés de leur enfant, alors on les découvre progressivement, en étant à leurs côtés au quotidien. Avec le temps, on comprend leurs défis, leurs angoisses, leurs petits combats de chaque jour.

Ça peut sembler étrange, mais malgré notre rôle central auprès des enfants, nous n’avons pas officiellement le droit de contacter les familles. Les informations nous parviennent uniquement par l’intermédiaire du chef d’établissement. Pourtant, avec le temps, des liens se tissent parfois. Les échanges restent majoritairement centrés sur le suivi médical ou paramédical de l’enfant qu’on accompagne : les rendez-vous chez le pédopsychiatre, les séances d’orthophonie ou de psychomotricité. Après, les parents sont assez fermés concernant tout ce qui se passe à la maison. Dans la plupart des structures, je trouve qu’il manque un vrai espace de collaboration entre parents et AESH, alors que l’on devrait pouvoir unir nos forces autour de l’enfant.

Plein Espoir : Après plusieurs mois, voire plusieurs années d’accompagnement, un lien privilégié se crée avec l’enfant. Les familles en ont-elles conscience ? Le reconnaissent-elles et le valorisent-elles ? 

Zakya : Parfois, oui, certaines familles expriment leur reconnaissance, surtout après une année passée aux côtés de leur enfant. On reçoit des petits mots, des gestes d’attention. Mais souvent, il y a aussi des parents qui restent en retrait. Certains sont encore dans une forme de déni, d’autres ont du mal à mettre des mots sur les difficultés de leur enfant. Cela crée une distance, une réserve dans les échanges, comme si parler du trouble rendait les choses plus réelles. 

Plein Espoir : Quand vous accompagnez un enfant, cela dure combien de temps et sur combien d’heures par semaine ?

Zakya : Tout dépend de la notification de la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées (MDPH), c’est elle qui détermine le nombre d’heures d’accompagnement accordées à l’enfant. Cela peut être 20 heures, 15 heures, 12 heures… Mais il est très rare que l’on puisse assurer l’intégralité des heures prévues. Par exemple, un enfant qui a une notification pour 15 heures sera accompagné 10 ou 12 heures, et c’est déjà une chance. Il y a une raison à cela : il y a une telle pénurie d’AESH que nous devons nous adapter avec les moyens disponibles. 

Ensuite, la MDPH indique si l’enfant bénéficie d’un AESH individuel ou d’un AESH mutualisé. Dans mon cas, j’interviens en mutualisé, ce qui signifie que j’accompagne plusieurs enfants à la fois. Mais oui, le suivi peut s’inscrire dans la durée. Par exemple, j’ai deux enfants que j’ai connus en grande section et que j’accompagne toujours aujourd’hui, en CM1. C’est précieux de pouvoir suivre les enfants dans le temps, parce que cela nous permet de tisser une vraie relation et de mieux comprendre leurs besoins au fil des années. 

Plein Espoir : Concrètement, comment un trouble psychique impacte-t-il la scolarité et le bien-être des enfants à l’école ?

Zakya : De multiples façons. J’ai eu l’occasion d’accompagner plusieurs enfants avec un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, et en classe, c’est souvent un défi. Par rapport aux autres élèves, la différence est visible, surtout au niveau de la concentration. Ces enfants ont constamment besoin de bouger, de manipuler quelque chose avec leurs mains. Forcément, cela se répercute sur leurs apprentissages et leurs résultats scolaires.

Certains des enfants que j’accompagne suivent aussi un traitement médicamenteux. Et là, la différence est flagrante : lorsqu’ils arrivent le matin sans avoir pris leur médicament – parce que les parents ont oublié ou parce que l’enfant refuse – ça se ressent immédiatement. Ils sont plus agités, ils ont du mal à tenir en place, ils se lèvent sans cesse, ils peuvent être plus impulsifs. Bien sûr, je le remarque tout de suite et j’en informe l’enseignant. Il ne s’agit pas de stigmatiser l’enfant, mais d’adapter notre approche pour l’aider à traverser sa journée du mieux possible.

Plein Espoir : Quand un enfant devient soudainement très agité, comment faites-vous pour l’apaiser ?

Zakya : En classe, si l’enfant est vraiment trop agité, la meilleure solution est souvent de l’extraire quelques minutes de l’environnement bruyant. Sortir avec lui pour prendre l’air, marcher un peu, échanger quelques mots pour l’aider à retrouver son calme. Dans certaines écoles, il existe des salles dédiées, mais c’est encore assez rare. Quand on en a la possibilité, ces pauses peuvent vraiment faire la différence.

Plein Espoir : Au-delà de l’apaisement des moments d’agitation, comment accompagnez-vous concrètement les enfants dans leur apprentissage ? Travaillez-vous en binôme avec l’enseignant ?

Zakya : J’ai la chance de travailler dans un établissement où le bien-être de l’enfant est vraiment une priorité. Ici, il y a une vraie complémentarité avec les enseignants : on échange beaucoup, on forme une équipe soudée autour de l’enfant, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas ailleurs. Dans certains établissements, les AESH peuvent se sentir mis à l’écart, mais ici, je me sens pleinement intégrée dans une dynamique commune d’accompagnement et de soutien. Dans mon travail, il n’y a pas de méthode unique, parce qu’aucun enfant ne ressemble à un autre. Et puis, il faut dire qu’il n’existe pas vraiment d’accompagnement des enfants en situation de handicap psychique. On apprend donc sur le terrain, on s’adapte en permanence.

Pour moi, l’essentiel, c’est de veiller à ce que l’enfant garde une bonne estime de lui. Je fais tout pour qu’il ne se sente ni exclu, ni stigmatisé par rapport aux autres. En classe, j’adopte une posture très ouverte : je ne me contente pas d’accompagner l’enfant dont j’ai la charge. Si un autre élève me sollicite ponctuellement, je l’aide aussi. En grande section, par exemple, les enfants ne comprennent pas forcément pourquoi je suis là pour un camarade en particulier, alors en donnant un coup de main à tous quand c’est possible, je fais en sorte que mon élève ne se sente pas différent des autres. Au final, mon rôle va bien au-delà de l’accompagnement scolaire : c’est aussi une présence bienveillante, un repère pour que l’enfant puisse avancer avec plus de confiance.

Plein Espoir : Quand vous dites que vous essayez de donner confiance aux enfants, comment procédez-vous concrètement ? Et pour les parents qui n’ont pas encore la chance d’avoir quelqu’un pour les aider, quels conseils pourriez-vous leur donner ?

Zakya : Le plus important, c’est la communication. Beaucoup d’enfants en difficulté peuvent ressentir une certaine timidité, ou avoir l’impression que le regard des autres n’est pas bienveillant. Mon rôle, c’est justement de créer du lien, de veiller à ce qu’ils ne se referment pas sur eux-mêmes, qu’ils restent connectés aux autres.

Concrètement, j’essaie d’initier le dialogue avec leurs camarades, de favoriser les interactions pour qu’ils ne se sentent pas mis à l’écart. Mais c’est aussi beaucoup d’écoute et d’empathie : prendre le temps de parler avec l’enfant, comprendre ses craintes, détecter ses difficultés, mais aussi ses forces. Trop souvent, on se concentre sur ce qui ne va pas. Or, un enfant en difficulté n’a pas que des faiblesses, il a aussi des capacités, des talents. Mon travail, c’est de mettre en lumière ces forces pour qu’il se sente valorisé et qu’il trouve sa place. Après, il n’y a pas de recette miracle. Mais si j’avais un conseil à donner aux parents, ce serait de ne pas hésiter à échanger avec les enseignants, avec les autres parents, de ne pas rester seuls face aux difficultés. L’isolement est souvent le plus grand frein à la confiance en soi, autant pour les enfants que pour leurs familles. 

Plein Espoir : Quand les enfants grandissent, ils prennent conscience des différences entre eux. Est-ce que cela crée des situations d’exclusion pour ceux qui ont des troubles psychiques ?

Zakya : Non, pas nécessairement. Tout dépend du climat de la classe et de la manière dont l’inclusion est abordée. Dans certaines classes, on observe une vraie bienveillance de la part des élèves envers leur camarade en difficulté. Ils développent naturellement des gestes d’entraide et ça change beaucoup de choses pour l’enfant accompagné. Après, je sais que ce n’est pas le cas partout. Mais là où je travaille, nous avons la chance d’avoir des parents plutôt ouverts et coopérants. Certains acceptent même de venir en classe pour expliquer aux élèves les difficultés de leur enfant, ou autorisent l’enseignant à le faire. Cette transparence aide beaucoup : une fois que les autres enfants comprennent pourquoi leur camarade a parfois plus de mal, ils sont souvent plus enclins à l’aider, à être patients.

Plein Espoir : Selon vous, que pourrait-on améliorer pour éviter la stigmatisation et garantir un meilleur accès à l’éducation pour ces enfants ?

Zakya : La clé, c’est la formation. Aujourd’hui, il y a un véritable manque de formation, aussi bien pour les enseignants que pour les AESH. Beaucoup arrivent sur le terrain sans préparation, sans connaissances spécifiques sur les troubles psychiques ou les besoins particuliers de ces enfants.

Personnellement, mon parcours est un peu différent : je suis aussi maman d’un enfant autiste avec TDAH. Cela fait 13 ou 14 ans que je navigue dans cet univers, et j’ai eu la chance de suivre des formations, non pas dans un cadre professionnel, mais en tant que parent concerné. L’hôpital Robert-Debré, par exemple, propose des formations aux parents d’enfants autistes pour mieux les accompagner au quotidien. Ce que j’ai appris pour mon fils, je l’applique aussi dans mon travail. Mais tout le monde n’a pas cette opportunité. Et c’est là que l’Éducation nationale doit agir : si les enseignants et les AESH étaient mieux formés à la prise en charge de ces enfants, on éviterait tellement d’incompréhensions et de difficultés.

Il y a aussi un problème structurel : aujourd’hui, beaucoup d’enfants qui auraient besoin d’être dans des établissements spécialisés se retrouvent dans le cursus scolaire classique, non pas parce que c’est le mieux pour eux, mais faute de places ailleurs. Et en même temps, la loi est claire : chaque enfant a le droit d’être scolarisé. Il y a encore beaucoup à faire.

Plein Espoir : Quel est le progrès le plus marquant que vous ayez observé chez un enfant que vous avez accompagné ? Y a-t-il une histoire qui vous a particulièrement touchée ?

Zakya : Oui. C’est un garçon que j’accompagne depuis la grande section, et à l’époque, c’était un enfant extrêmement timide, renfermé, presque silencieux. Il n’osait pas parler, ni aux adultes, ni à ses camarades. Mais petit à petit, il a commencé à s’ouvrir, d’abord en chuchotant quelques mots, puis en échangeant davantage avec les autres. Et avec cette ouverture est venue la confiance. Il a compris qu’il pouvait lui aussi réussir, qu’il était capable, comme les autres. Sur le plan scolaire, il participe en classe, il lève la main, il ose répondre aux questions. Cela peut sembler anodin, mais pour lui, c’est une immense victoire. Parfois, il suffit d’un petit coup de pouce : un encouragement discret, un regard bienveillant, un simple "Tu connais la réponse, vas-y, ose !" pour qu’un enfant prenne son envol. Aujourd’hui, il fait pleinement partie des têtes de la classe, et c’est une immense fierté, pour lui comme pour nous. Voir un enfant qui s’épanouit, qui prend sa place, qui croit en lui, c’est la plus belle des récompenses.

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25 mars 2025

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